Le four à boulets


Vous connaissez tous l’expression : « tirer à boulets rouges ». Mais, connaissez-vous son origine ?

Cette expression nous vient d’un équipement militaire et d’une technique de guerre. En effet, le tir à boulets rouges était un procédé qui permettait d’incendier des navires, ou une ville assiégée, avec des boulets qui étaient préalablement chauffés entre 800 et 900°C.

Sous la Révolution française, puis sous l’Empire, cette technique fut développée sur tout le littoral pour se protéger des attaques de la flotte anglaise. C’était une entreprise d’envergure. Par exemple, à Belle-Ile on ne comptait pas moins de neuf fours à boulets.

Aujourd’hui il n’en reste que neuf de visibles en France. Quatre aux îles de Lérins (Cannes) et cinq en Bretagne : Erquy, Le Roselier, St Quay, Camaret et … Fort La Latte, le plus beau !

La Latte c’est fort.

C’est même très fort.

Le fonctionnement du four est assez simple, sur le principe. Il est même astucieux. Après avoir mis le four en chauffe, on enfourne les boulets par le haut dans des gouttières qui sont légèrement inclinées. Les boulets descendent, traversent le four et sont ainsi chauffés par la chaleur du foyer. Ils sont récupérés en bas des gouttières chauffés à la température voulue. Le métal est devenu d’une couleur rouge cerise. Et il ne reste plus qu’à charger les canons…

Mais, dans la pratique, la mise en œuvre n’est pas si facile.

Il faut tout d’abord allumer le four qui est très gourmand en fagots et en bûches de bois. Il faut ensuite monter le four en température. Puis on enfourne les boulets pour les chauffer. Cela représente plusieurs heures avant que le four ne soit opérationnel. Pendant ce temps là, l’ennemi a tout le temps pour s’éloigner des côtes.

 D’autre part la manœuvre est très délicate car le boulet brûlant risque de faire exploser la charge en rentrant au contact avec la poudre du canon. De nombreux canonniers ont été tués ou blessés au cours de cette manœuvre.

Mais comme l’affirmait le général Bernadotte : « La fumée d’un four à boulets aperçu au loin par un navire de guerre pouvait suffire pour le dissuader d’approcher des côtes ».

Dans la pratique, le four de Fort La Latte n’a jamais été utilisé dans le système de défense.

La Latte c’est fort.

C’est même très fort.

*****

Nous sommes en 1820, comme tous les jours, le Commandant du Fort fait sa tournée d’inspection. Il est méticuleux et il tient à faire respecter l’ordre, la discipline dans toute la garnison. Tous les jours il traverse la cour pour se rendre à la tour. Tous les jours il s’arrête devant le four à boulets et reste à méditer un petit moment. Certes, cet ouvrage est une belle construction. Mais à quoi sert-il ? Le Commandant est contrarié, mais il continue sa tournée d’inspection.

Un matin d’octobre, le Commandant donne l’ordre de mettre le four à boulets en chauffe.

« Mais il n’y a aucun bâtiment ennemi en vu ! »

Le Commandant reste sourd à cette réflexion et fait activer la manœuvre.

Quatre heures et demie après, le four est à bonne température. Le Commandant fait appeler le cuisinier de la garnison qui amène un baquet de pâte à pain. Mise en boule, la pâte est glissée dans le haut des gouttières du four. Trente minutes plus tard il en ressort de belles boules de pain bien cuite avec une croute dorée et craquante à souhait.

La Latte c’est fort.

C’est même très fort.

Les boulangers du pays qui ne connaissaient que le pain long se mirent à faire du pain en boule car il est bien meilleur et il se conserve mieux.

La prochaine fois que vous achèterez une boule de pain, vous pourrez remercier Fort La Latte.

De plus, cette invention a été reprise bien des années après. Car, aujourd’hui, toutes les boulangeries industrielles ont adopté le système de cuisson en continu calqué sur celui des fours à boulets.

La Latte c’est fort.

C’est tout de même très fort.