La petite sirène du Cap Fréhel (conte pour enfants)


Nous sommes en 1880. Saint-Géran est un petit port qui donne sur la Baie de la Fresnaye. Il abrite une trentaine de bateaux de pêche qui font travailler une centaine de pêcheurs. Malo est l’un d’eux.

Tous les jours de l’année, Malo a l’habitude de mouiller son filet du côté des Roches Perdues, de gros rochers situés juste en face du Cap Fréhel. C’est un endroit où la mer est forte avec de grosses vagues qui font tanguer le canot. Les courants sont puissants et ils se révèlent souvent périlleux. Malo doit également faire attention aux rochers immergés qui risquent de faire chavirer le bateau.

Malo se sent bien ici. La mer y est capricieuse et dangereuse mais il la connaît bien, et puis le paysage est magnifique. De plus, tout là-haut sur la falaise, le phare veille sur lui.

Un jour, Malo relève son filet qui ressort de l’eau tout enroulé. Malo imagine déjà la taille du poisson qui a dû se débattre avec frénésie dans la nasse. Le pêcheur récupère son filet et le pose délicatement au fond de son bateau. Il s’arrête d’un coup, stupéfait.

Son poisson n’est pas du tout un poisson ordinaire. D’accord, il a bien une queue avec de belles écailles vertes et roses mais pour le haut, il découvre le corps et le visage d’une charmante demoiselle avec de grands yeux bleus et de long cheveux longs couleur de l’or. Une sirène. Malo a pêché une sirène.

« Monsieur, Monsieur, je me suis pris dans le filet, je suis prisonnière. Aidez-moi, libérez-moi, s’il vous plait ! »

Malo est ému au son de la voix de la petite sirène qui semble si désespérée. Il tente de la rassurer en lui parlant calmement et décide de faire le nécessaire pour la libérer. Il découpe alors minutieusement son filet et libère un bras, puis une nageoire…

En quelques minutes, Malo réussit à libérer la petite sirène de tous ses liens et il l’enveloppe délicatement dans une couverture pour la réchauffer. Il n’avait jamais vu de sirène jusqu’à ce jour, et jamais il n’avait pensé pouvoir en rencontrer une. Malo est très fier d’avoir sauvé une aussi charmante personne.

Soudain, il fait la grimace. Il remarque l’état de son filet qu’il a si consciencieusement découpé. Son outil de travail est réduit à une vulgaire pelote de ficelle. Et dire qu’il lui avait fallu des mois et des mois pour se le payer.

Voyant la mine déconfite de Malo, la petite sirène lui dit :

« Ne soit pas triste. Tu as sacrifié ton filet de pêche pour me délivrer mais il te sera encore très utile. Demain, et tous les jours de ta vie, tu pourras revenir ici. Il te suffira de présenter ton filet à la mer et ton bateau se remplira aussitôt de poissons. »

La petite sirène se redresse alors, remercie encore son sauveteur et plonge dans les profondeurs de la mer.

Le lendemain matin, Malo retourne aux Roches Perdues. Il prend les restes de son filet roulé en boule, et le tend à bout de bras au dessus de l’eau. Et là, le miracle se produit, des poissons, tous plus beaux les uns que les autres, jaillissant de toutes parts, sautent directement dans son bateau. Quelle très belle pêche !

Quelques années plus tard, Malo continue toujours à pêcher autour des Roches Perdues et son bateau se remplit toujours aussi vite de beaux poissons. Mais, dorénavant après avoir fini son travail, il ne retourne pas tout de suite chez lui. Il préfère rester de longues heures à naviguer et à observer chaque recoin de la côte…

Malo vit dans l’espoir de revoir la petite sirène qui occupe tant ses pensées.

Mais, jamais il ne la revit.

Et maintenant…         

c’est FI…       

c’est NI…      

c’est FINI.